Qui êtes-vous, Sylvain Audinovski ?

Au départ, je suis un chef d’orchestre classique, amoureux de l’orchestre symphonique et de l’opéra. Et depuis une dizaine d’années, j’essaye d’ouvrir cet univers, car je le trouve trop beau pour rester entre quatre murs. Je veux le partager, car c’est un bijou d’expression, l’une des plus belles créations de l’humanité.

Et vous aimez autant la pop que le classique. C’est atypique, non ?

Je me compare à l’héritier d’une famille. On ne demanderait pas à un enfant de choisir entre son grand-père et son père. Je n’ai donc pas de raison de devoir trancher entre Michael Jackson et Debussy. C’est un héritage, inscrivons-nous dans la continuité, décloisonnons…

Comment êtes-vous devenu chef d’orchestre ?

Un peu par hasard, et assez tard. J’avais 18 ans, j’étais dans un lycée traditionnel, en filière scientifique. Je jouais du violon,mais j’écoutais aussi les Blues Brothers et Whitney Houston. Avec d’autres élèves musiciens, nous avons monté un groupe, sauf que personne ne voulait organiser les répétitions. Je me suis porté volontaire et la première fois que nous nous sommes retrouvés tous ensemble dans une salle de classe pour jouer, j’ai pris un crayon comme baguette et je me suis lancé. Là, j’ai été happé par le souffle de l’orchestre. J’ai eu une sorte de flash et je n’ai plus jamais cessé d’étudier la grammaire de la musique, car il s’agit bien d’une langue.

A quoi sert le chef d’orchestre ?

Il sert à faire vivre un ensemble, à gérer l’imprévu… parce que justement, rien n’est jamais réglé comme du papier à musique (rires). On travaille sur du vivant. Les musiciens d’orchestre sont comme les organes de corps humain, les percussions sont le rythme cardiaque, les violons expriment les visages, les contrebasses sont la marche, le soutien… Et le chef est un peu plus en dehors, il donne le cap, il n’est pas celui qui fait mais celui qui fait faire, en amenant son imaginaire.

La baguette est-elle un accessoire obligatoire ?

Non, on ne dirige pas avec une baguette mais avec les intentions de son coeur. C’est peut-être compliqué à croire, mais on est dans une autre sphère. Certains chefs dirigent avec leurs mains, d’autres avec un cure-dents… C’est avant tout un savant mélange de contrôle et de lâcher prise.

En quoi OdinO est-il une expérience unique ?

C’est un orchestre symphonique qui rend hommage à la musique pop. Il n’y a pas de chanteur, pas de paroles et grâce au talent d’orchestration de Mathieu Lamboley (ndlr. : réalisation des arrangements de l’album OdinO, en collaboration artistique avec Daniel Moyne), l’émotion est intacte. Nous avons travaillé sur les grandes madeleines musicales de ces dernières années. Et c’est un fait : à la racine de la pop, il y a des chef d’oeuvres… Quand j’écoute la basse de « Smooth Criminal » de Michael Jackson, j’entends les trois notes de Beethoven. Question : est-ce le premier qui a hérité de la fougue de son ancêtre, ou Beethoven qui a été le premier rocker de l’histoire ? Je crois aussi, que si Mozart était toujours vivant, il aurait fait de Mylène Farmer une icône. Tout ça, c’est de la grande musique. Il y a un lien…

Vous jouez avec le public, le spectacle est plein d’humour, vous êtes aussi comédien ?

Pas du tout ! J’aime juste partager, aller vers l’autre et chercher l’émotion, mais c’est avant tout un travail collectif, je suis très bien entouré. On est dans un spectacle, donc il y a des surprises, du ludique et de l’interaction. Et d’ailleurs, la disposition scénographique est différente de celle des orchestres classiques. Avec OdinO, les musiciens sont plus répartis sur scène, ouverts sur la salle. Du coup, le public entre dans le jeu et devient le dernier des musiciens. D’où le fun qui se dégage de l’ensemble…

Quelle est la réaction des spectateurs en sortant d’OdinO ?

Parfois, on nous dit : « Ah, si le classique pouvait être enseigné comme ça ! ». Mais ce n’est pas le sujet. Personnellement je n’ai pas de désir particulier, ni de message à faire passer, je suis content quand les gens nous disent qu’on les a fait rêver. L’orchestre est une puissance collective qui transporte, qui soulève, et c’est ça, que je veux faire vivre au public. Après chacun en fait ce qu’il veut : certains renouent avec l’héritage classique, d’autres se remettent à la musique, peu importe, l’important pour moi est d’avoir provoqué l’émotion le temps du spectacle…